L’offre GREENALYS, à pour objectif de permettre le développement d’une ECOAGRICULTURE.
 
La notion d’ECOAGRICULTURE va plus loin que la simple fourniture de produits. L’ECOAGRICULTURE (qualifiée par Scherr et Mc Neely (2002)) est une agriculture innovante et performante, car elle est conçue dans le respect de la biodiversité et contribue à sa valorisation. Elle requiert donc une multiplication des appro
ches interdisciplinaires et participatives, des approches complémentaires dans l’ensemble de l’écosystème de l’exploitation agricole, et même au-delà.
 
En effet, l’échelle de l’exploitation agricole n’est pas suffisante pour que les pratiques adoptées aient un impact sur l’environnement et vice versa. Il est donc essentiel de concevoir et promouvoir des pratiques collectives. Il faut faciliter l’émergence de réseaux d’agriculteurs qui coordonnent leurs efforts, échangent sur leurs pratiques, comparent les résultats à des niveaux d’organisation pertinents par rapport aux problèmes englobant auxquels ils s’adressent.
 
En effet, le développement de l’ECOAGRICULTURE, nécessite, du fait de son niveau d’innovation et de performance qu’elle requiert, un développement progressif, et maîtrisé. Car l’ECOAGRICULTURE aura comme principal enjeu la combinaison entre respect de l’environnement et maintient de la productivité.
En effet, un passage brutal et excessif à une agriculture extensive, sans intrants phytosanitaires, sans engrais et sans progrès génétique serait catastrophique. Le défi de l’ECOAGRICULTURE est bien de concevoir une agronomie et une zootechnie systémiques innovantes qui concilient les besoins de production, de productivité et de durabilité. Avec l’appui de politiques agricoles, environnementales et économiques, cela est parfaitement possible à l’échelle locale, nationale et internationale.
Avec 852 millions de personnes malnutries, il est irresponsable d’imaginer que l’on puisse se passer de la production agricole d’une quelconque partie de la planète. L’agriculture occupe 40% de la surface totale des terres, ce qui est très proche du maximum possible (Ormerod et al., 2003). Les surfaces dédiées à la valorisation non alimentaire des productions végétales (biocarburants et chimie verte) croissent tandis que les réserves en énergie fossile s’épuisent. On sait que chaque être humain disposera en 2010 de 0,2 ha pour satisfaire ses besoins nutritionnels et de 0,1 ha en 2020.
 
L’essentiel de la mise en place de l’ECOAGRICULTURE, est de préserver la capacité d’adaptation des espèces et l’organisation fonctionnelle des communautés vivantes d’un milieu dans lequel l’Homme évolue. C’est dire l’importance de la biodiversité et sa compréhension de celle-ci, impliquant une démarche holistique et pluridisciplinaire. Seule cette démarche globale peut garantir de préserver la résilience des milieux.
Ainsi, on ne peut plus nier le fait que les vastes zones de monocultures, la base génétique étroite des ressources végétales ou animales exploitées, l’uniformisation à l’excès de systèmes simplifiés de culture ou d’élevage, l’utilisation abusive de produits phytosanitaires ou l’usage non parcimonieux de l’eau, sont autant de pratiques incompatibles avec les enjeux du développement durable car elles affectent trop profondément la biodiversité des agrosystèmes dont nous avons tous trop tardé à apprécier combien elle est indispensable à l’agriculture. D’ailleurs, il est clairement établi que les systèmes à faibles niveaux d’intrants ont tous maintenu une diversité biologique bien plus élevée que celle que l’on trouve dans les systèmes très intensifs du Nord ou du Sud (Cannell et al,. 1996, Thenail & Baudry 2004).
 
 
Les fondements écologiques de l’agriculture doivent être renforcés…
 
Comprendre le rôle fonctionnel de la biodiversité :
Depuis plusieurs années, il y a un vif débat sur le fait de savoir si la biodiversité améliore la stabilité des écosystèmes ou non (Loreau et al., 2001) sachant, comme nous l’avons vu, que la productivité de systèmes « biodivers » est accrue (Mittelbach et al., 2001). Ainsi la productivité d’une prairie est dépendante de sa diversité floristique (Tilman et al., 2001) mais cet accroissement s’accompagne d’une inévitable évolution des ravageurs (Coupe et Cahill, 2003). Au-delà d’une nécessaire extension des recherches sur le lien entre diversité biologique, productivité et stabilité, les seuls exemples cités mettent en avant la nécessité d’une connaissance plus approfondie des interactions trophiques en lien avec l’analyse du fonctionnement et de la diversité des écosystèmes (Thébault et Loreau, 2003). De telles études doivent évidemment s’appuyer sur une meilleure compréhension de la notion d’espèces, étape première pour une mesure efficace de la biodiversité.
Explorer et exploiter les relations entre l’espèce cultivée et son milieu :
La compréhension globale du rôle fonctionnel de la biodiversité doit s’accompagner d’une analyse des relations d’une espèce cultivée avec l’ensemble des facteurs biotiques et abiotiques du milieu.
Le premier porte sur la connaissance des processus de compétition pour l’accès aux ressources. On peut à cet égard évoquer les avancées méthodologiques de modélisation des transferts d’eau et d’azote entre sol et plante (Lafolie et al., 1999) consolidant ainsi les prévisions de développement d’association d’espèces cultivées (Brisson et al., 2004). Le deuxième concerne les relations entre espèces. Van der Planck et bien d’autres après lui, ont montré comment les processus épidémiques peuvent être enrayés par une utilisation raisonnée d’espèces ou de variétés porteuses d’allèles différents de résistance spécifique ou au contraire de tolérance aspécifique (Lannou 2001).
Ceci conduit à renforcer les recherches sur la tolérance des variétés aux facteurs biotiques et abiotiques du milieu d’une part et à en concevoir et recommander les modalités de conduite technique d’autre part. Par symétrie, il a été montré, dans le cadre d’une expérimentation pluriannuelle, que la mise en place de pratiques culturales en fonction de la biologie d’une adventice et de celle de la plante cultivée, conduit à une gestion satisfaisante et durable des populations de la mauvaise herbe pourtant devenue résistante aux substances antigraminées majeures (Chauvel et al., 2001).
Privilégier les pratiques dont l’impact écologique positif est avéré :
Suffisamment de données éclairent le fait que l’agriculture conventionnelle détruit bien plus d’espèces d’oiseaux, de plantes ou d’insectes que ne le fait l’agriculture raisonnée elle-même plus destructrice que l’agriculture biologique (Salonen et al., 2001 ; Bouvier et al., 2005).
On sait par ailleurs que de telles approches systémiques restent dépendantes du milieu et doivent donc être adaptées avec précision. Ainsi l’efficacité de l’application d’engrais ou d’une association culturale, dépend du précédent cultural, de la rotation dans laquelle s’insère la culture, de la densité et de la date du semis et de la topographie de la parcelle (Clermont-Dauphin et al., 2003).
Il est en effet indispensable de préserver une variété dans l’environnement direct des parcelles soit pour préserver la richesse en espèces (Rieux et al., 1999) soit pour réduire les fuites d’azote (bandes enherbées, talus, haies, cultures intercalaires). Mieux encore, il est impératif de préserver une diversité des agricultures pour une fonctionnalité des paysages.
Dès lors que l’on connaît avec suffisamment de précision la biologie des populations d’un ravageur, on peut envisager des méthodes originales pour en juguler le développement. Ainsi, la mise en place des zones refuges pour la pyrale permet de freiner l’apparition d’individus résistants à Bacillus thuringiensis. Mais que pour cette stratégie soit efficace, il faut absolument implanter des variétés conventionnelles de maïs à proximité des champs de variétés transgéniques (Bourguet et al., 2004).
En élargissant encore davantage, on peut aujourd’hui, grâce à la modélisation, concevoir des parcellaires à l’échelle du bassin de production qui optimisent la cohabitation des filières (Colbach et al., 2004). C’est ainsi qu’au cours de ces dernières années de remarquables travaux ont été conduits pour gérer la cohabitation de filières avec ou sans OGM de maïs, colza ou betterave (Messean et al., 2003).
On peut également concevoir une gestion prévisionnelle des pesticides par la connaissance des mécanismes de résistance et de leurs déterminants génétiques (Sauphanor et al., 2000). Demain, de tels raisonnements seront appliqués aussi à la gestion des variétés résistantes aux bioagresseurs (Bontemps et al., 2004).
Il est essentiel également de reconsidérer le rôle des prairies temporaires ou permanentes, pour l’intérêt qu’elles présentent dans la constitution des mosaïques paysagères, dans la reconstitution des sols au cours des successions végétales et dans l’alimentation des herbivores.
Il est devenu urgent d’accroître le nombre d’espèces compte tenu de la raréfaction de certaines espèces marines en voie d’épuisement, pour répondre à la demande croissante et diversifiée d’aliments, ou pour satisfaire d’autres besoins jusqu’ici délaissés de réduction d’emploi des pesticides, de bioremédiation des milieux pollués, d’épuration en nitrates, de séquestration de carbone, de protection des sols ou tout simplement de satisfaction de fonctions esthétiques ou hédoniques.
On doit enfin considérer la nécessité de diversifier les systèmes de cultures en multipliant le nombre d’espèces cultivées mises en succession afin de perturber les cycles de parasites, de mieux gérer la perte d’azote dans les eaux ou de préserver la biologie dans les sols. Avec moins de 5% de protéagineux, la situation française n’est pas satisfaisante.
 
En conclusion, l’ECOAGRICULTURE ambitionne de développer l’étude des fondements écologiques de l’agriculture, en faisant la promotion d’une véritable « ingénierie écologique » fondée sur l’agronomie et une zootechnie systémique, sur l’écologie des écosystèmes.
 
Pour apprécier le potentiel de l’ECOAGRICULTURE, rappelons qu’à peine 30% des plantes sont connues, mais seulement 11% des algues ont été identifiées alors qu’elles contribuent à 40% de l’activité photosynthétique. Pire encore, 5% des champignons, 11% des virus et seulement 0,1% des bactéries sont identifiées. Il faut enfin renforcer les recherches en économie et en sociologie de l’environnement, en communication sur les problématiques environnementales ainsi que sur les conditions de mises en œuvre de l’action collective.
 
L’écoagriculture n’est pas le retour à une agriculture à faible technicité. Au contraire ses performances et sa durabilité sont directement dépendantes de notre capacité à imaginer des innovations et des pratiques. Rien n’est à rejeter a priori, tout est à évaluer au cas par cas, par rapport au « respect » de la biodiversité.
En effet, pour qu’elle soit durable l’agriculture doit réduire ses impacts non intentionnels sur l’environnement en bannissant ses pratiques excessives et en se re-appropriant la diversité du vivant. Ceci passe par le développement de recherches en écologie sur le rôle fonctionnel de la biodiversité, l’exploration des relations entre chaque espèce cultivée et ses environnements biotique et abiotique, la valorisation des pratiques agronomiques écologiques et la diversification des ressources génétiques et des systèmes de culture.